Christian BIRGIN
né ! Mulhouse
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J'ai écarté de ma vue ces
cadrans inutiles sur lesquels le temps affiche sa folie. Je vis hors du
temps, loin du temps, échappant ainsi à l'angoisse de voir vieillir une
idée, une pensée - peut- être un sentiment. Le silence. Je suis avec la voix du silence. J'écoute. |
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| Vincent, celui qui fut voué à la solitude. A la désolation. Parler de la solitude, c'est dénoncer l'exil, l'enfermement. C'est parler de ces voyages maudits que font les êtres qui se perdent. |
| On a dit que vous ressemblez à Rimbaud. Cette ressemblance ne veut rien dire. Elle n'est qu'une caresse du hasard. |
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Vous aviez la grâce de tout
ignorer et l'audace de tout tenter. Cette douleur, ce fut, tout simplement, le bonheur absent. |
| Aimer, n'est-ce pas la liberté? Aimer, n'est-ce pas frôler déjà l'éternité? |
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Votre seule préoccupation, votre seul désir : partager. Tout cela vous
semble si naturel. Vous voilà parmi eux, le temps d'un regard, l'espace d'une prière. Celui d'un sourire échangé. Peut- être que tout ce qui est partage est comme le début de la vraie vie. Peut- être que celui qui se dépouille de sa vie a déjà vaincu une certaine idée de la mort. |
| Votre consolation est d' être un consolateur. Aider. Partager. Ce fut votre premier geste sur le chemin de l'absolu. Votre premier geste. Il ne suffira pas. |
| Les fous, les saints, c'est la même chose. Ils n'ont peur de rien. |
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| Aimer est plus qu'une espérance, bien plus. |
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| Celui qui marche élève son regard vers le ciel qui s'élève. |
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| Et puis il y a cette résonance dans le jour nouveau, car chaque jour est une naissance. |
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| L'exil c'est retrouver l'obscurité qu'on ne désire plus. C'est conna ître l'obscurité qui trompe. Tomber en exil, c'est mourir avant même que de rencontrer la mort. |
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| Vieillir n'est bon que pour ceux qui perdent leur vie à vouloir la regretter. |
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| Vincent le fou de la vie. Vincent le fou, ivre de vraie folie. |
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| Vous êtes l'enfant aux yeux pleins d'étoiles et de soleils. |
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| Vous peignez déjà l'éternité. |
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| Vincent, Vincent, votre soleil est-il mort? |
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| La beauté s'enfuit. Elle est effacée. là où l'ivresse et la tourmente ont marié leurs haleines, la beauté n'est plus. |
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| Vincent, votre pas fut solitaire, et votre exil sans repos. |
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| Dans ces lettres, le peintre se confie comme un enfant. Il dit sa foi, sa peur, sa maladie. Toutes ces choses qui font la vie, toutes ces choses qui la défont. |
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| Sans la beauté, en effet, la vie ne serait qu'une promesse perdue, un sacrifice démesuré. Elle serait comme une jeunesse trahie par un manque d'amour. |
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| La beauté, ce serait comme l'histoire de deux soeurs qui, se rencontrant, parleraient sans fin de leur enfance. |
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| Votre frère. Il est venu de suite. Il est là, bouleversé. Théo, le frère tant aimé est là. Il pleure, inconsolable. Il entend votre douleur. Il ne comprend pas. |
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| Théo jeta un cri, un seul. Il ressemblait à celui que lança toute sa vie durant Vincent le solitaire. |
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Ainsi s'en va la vie mêlée à
l'ombre, mêlée au sang. Le frère pleure. Devant le corps de son frère, un homme pleure. |
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| Vincent. Des mots me viennent à l'esprit à votre sujet. Quelques mots. Mais il n'y a guère besoin de mots pour dire la vie d'un homme. |
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prochainement
quelques extraits de...

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En écrivant
ce livre, j'aurais voulu dire le plus important, qui m'échappe encore.
Un homme qui se réfugie dans sa nuit, dans le silence et la solitude, qui
sont comme autant de voix, touche peut- être à l'essentiel sans le savoir.
La flamme qui brûle devant lui, fût-elle un lumignon, dit assez la lumière
qui l'habite, et la clarté à laquelle, sans doute, il aspire.
Une femme dévêtue, ou plutôt
vêtue de la seule lumière, se prenant à songer, est plus qu'une image
superbe.
Elle donne à penser que le
monde, dans son errance, enchaîné à ses doutes et tentations, aspire à ce
qui ne lui appartient pas encore.
Elle dit le mystère qui sourd en nous, loin du bruit qui encombre et de
l'incertitude qui afflige.
Elle dit, par-delà notre désir,
notre nudité, l'insatiable désir de vérité qui nous dénude et nous consume.
Ce n'est pas la nuit, entrelacs d'ombres et de doutes, qui m'attire. Ce
n'est pas davantage le tremblement de cette nuit face à la clarté d'une
aussi fragile lumière. C'est cette lumière, et elle seule, qui, écho venu du
fond des yeux, nous délivrera de cette nuit si inlassablement, si
prodigieusement nuit. |
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Christian BIRGIN
Né à Mulhouse.
A publié :
L'Ange, le sage et le rieur (1998)
La Mort de Pouchkine (2000)
La Chair et la lumière (2001)
La Lune qui marche avec un bâton (2002)